Il m’a été demandé des précisions.

Un article particulièrement détaillé et très bien fait sur la grippe et la vaccination H1N1 trouve un certain succès (mérité à mon sens) sur Internet et sur Twitter. ICI

Si je suis totalement d’accord sur la très grande majorité des principes et remarques faite dans cet article, j’ai émis quelques réserves sur Twitter.

Donc je m’explique…

Je l’ai dit plus haut, cet article est excellent sur le principe, très détaillé (trop??), mais à mon sens pas forcément à la portée de quelqu’un n’ayant pas de connaissances médicales (surtout sur la manière de prendre une décision en fonction des données en notre possession, rien n’est jamais blanc ou noir).

La première publication date de la mi-novembre, or je ne trouve aucune mention des études montrant la mortalité anormale du virus chez les populations jeunes sans facteur de risque, juste des projections alors que les données sont disponibles. La mise à jour du 2 décembre ne fait aucun cas de données concernant la mutation observée sur le virus qui explique non seulement une partie de la mortalité anormale du virus, mais aussi le tropisme du virus pour le fond de nos poumons (les alvéoles) plutôt que les bronches habituellement (expliquant pourquoi il y a plus d’hospitalisation en réanimation que la normale). Je regrette de ne pas retrouver plus clairement le fait que ce virus est capable de tuer de jeunes adultes en bonne santé ce qui n’est clairement pas le cas du virus de la grippe saisonnière. C’est, à mon sens, une information essentielle concernant ce virus et son évolution actuelle.

Si je prends la partie à jour de début décembre concernant les réactions aux vaccins au Canada. L’information vient de Cyberpresse.ca (pas très médical comme journal). Je fais un copier-coller de la partie concernant les décès :

« Le 17 novembre, les autorités canadiennes avaient elles-mêmes dénombré près de 200 morts, ainsi que 36 cas de réactions graves sur les 6,6 millions de personnes vaccinées (soit environ un cinquième de la population). »

Et là, honnêtement, je ne comprends pas la phrase. On parle de 200 morts suite à la vaccination ? Mais alors, pourquoi parler de 36 cas de réactions graves (même s’il est juste que la mort, c’est grave…) ? Je pense que 200 morts suite à la vaccination, on en aurait entendu parler. Alors, parle-t’on de 200 décès suite à la grippe, dont 36 cas de réactions graves, sur les 6,6 millions de vaccinés (sous entendus pas de décès suite à la vaccination) ? Cette information n’est pas pertinente et ne devrait pas être utilisée à mon sens d’autant qu’elle concerne semble-t’il un seul lot dont les professionnels de santé savent qu’il existe régulièrement des alertes sur des lots de médicaments (comme sur le fromage, les steaks hachés….).

Concernant l’étude anglaise citée, je fais un copier-coller de la partie sur le Pandemrix cité dans l’article :

« Two reports of death following vaccination with Pandemrix have been reported in the UK to date. In both cases the patients had significant underlying medical conditions. There is no indication that the vaccine contributed to these deaths. »

Il y a donc eu deux décès après la vaccination par Pandemrix chez des personnes atteintes de maladies chroniques lourdes sans relation retrouvée entre la vaccination et les décès. De plus, il n’y a pas de données sur la quantité de doses de Pandemrix administrées, juste la notion que le Pandemrix est le vaccin qui a ramené le plus de signalements, car c’est le plus utilisé an Grande-Bretagne. Je vous renvoie à un précédent article sur la survenue d’effets secondaires après injection d’eau stérile pour faire le parallèle par rapport à cette affirmation.

Cette partie pour moi est donc sujette à caution. Je ne penche en faveur de personne, mais souhaite simplement baser mes décisions sur des éléments pertinents. En tout état de cause, il aurait été souhaitable de détailler un peu plus ces données si l’on souhaitait les utiliser.

Concernant les informations sur une vaccination trop tardive, l’épidémie étant lancée, certains éléments sont également sujets à caution. En effet, au cours des dernières pandémies (1918, 1957 et 1968), nous avons systématiquement observé plusieurs vagues d’une année sur l’autre avec certains particularismes. Dire que la première vague était en septembre et la deuxième actuellement en sous-entendant qu’il n’y aura pas de vagues en 2010 ne repose sur rien de concret. Je pourrais simplement répondre qu’il y a eu des températures douces en Octobre et début Novembre puis une résurgence du virus dès l’arrivée des températures plus rigoureuses. Donc, sur ce point, le maitre mot est incertitude.

Ensuite, l’argument du « jamais ou toujours » est un peu incompréhensible pour moi. Nous parlons d’un virus inconnu comme celui de 1968 que nous trainons depuis 40 ans. L’histoire naturelle des virus de la grippe laisse fortement penser que le virus actuel sera LE virus grippal saisonnier des 30 ou 40 ans à venir avec bien évidemment des déclinaisons. Surtout, on aura (en tout cas, il faut espérer…) un virus probablement banal, revenant sur une mortalité « classique » et des groupes à risque « classique ». En cela, la vaccination aujourd’hui porte tout son sens. Demain sera un autre jour…

Toutes ces remarques n’enlèvent rien à la qualité de l’article que j’avoue avoir lu il y a quelques semaines. Il a un très grand mérite, c’est de mettre tout le monde face aux données en notre possession. Je pense seulement qu’autant d’informations nécessitent une formation médicale pour être digérées. Un chercheur, un épidémiologiste auront une vision statistique des problèmes, c’est différent d’un médecin généraliste qui traite une personne et non un pourcentage. Que la mortalité du virus soit de 0,00001 % ou de 40 %, ce qui importe pour mon patient, c’est de savoir s’il risque d’être touché et éventuellement d’en mourir (après tout, on a 1 chance sur 13 983 816 d’avoir 6 bons numéros au loto et pourtant il ne manque pas de joueurs). J’avais sur la majorité des articles publiés sur mon site tenté de ne pas rentrer trop dans le détail afin justement de ne pas rajouter à la confusion. Or dans cet article, la conclusion me gêne. Il n’y a effectivement aucune conclusion unique et il convient de renvoyer le patient devant son médecin pour conclure. MAIS c’est le rôle d’un professionnel de santé d’orienter le choix de la population vers ce qu’il juge ou pas judicieux de faire au vu des résultats des études, bref de mouiller un peu la chemise. Une phrase du type « Faite ce que vous voulez, mais personnellement, je me ferai vacciné (ou pas d’ailleurs). » aurait été bienvenue.

4 réflexions au sujet de “Il m’a été demandé des précisions.”

  1. Merci pour ces compléments d’informations.

    On aimerait parfois que les choix soient plus simples… Je parle en tant que patient (jamais malade, enfin… je crois, et je croise scientifiquement les doigts:)
    Car on se sent bien seul entre la confiance en la Médecine/les médecins, la méfiance envers les Autorités Sanitaires, la crainte de la maladie et la crainte du vaccin (mon grand-père Régis 1907-1989, représentant en inox, était farouchement « anti-vaccination »), sa propre liberté et la sécurité de ses proches… Consultez votre médecin de famille. Voire…

    En tout cas, bon séjour en France pour les fêtes.

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  2. Personnellement, je refuse catégoriquement de me faire vacciner, compte tenu des incohérences de la pharmacovigilance française doublée des incertitudes déjà largement publiées sur les adjuvants et la rapidité du développement.

    Mais ce n’est pas le plus important : comment peut-on avoir de telles incohérences dans les données officielles et prendre le risque de vacciner tout le monde avec des vaccins « pandémiques » ? Et passer du « les antibiotiques, c’est pas automatique » au « les antiviraux, c’est automatique » ???

    Si Mme Bachelot n’était pas ministre mais visiteuse médicale, je pense qu’un généraliste la virerait de son cabinet !

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  3. @Francois-Xavier : tu soulèves un problème lourd, très lourd, car la défiance envers les politiques et les autorités sanitaires s’est étendue dans cette crise aux médecins qu’ils soient hospitaliers ou de ville. Il n’y a pas de bonne médecine sans confiance et celle-ci est dramatiquement entamée actuellement. Je vois non seulement ici, mais aussi et surtout dans mes consultations la peur de mes patients. Et trouver les mots justes pour rassurer est quasi impossible. Cette crise risque de laisser des traces bien plus graves et c’est inquiétant.
    @??????? : Le titre de votre billet reflète bien votre état d’esprit. Je ne crois pas avoir jamais parler de vaccin miracle. C’est un vaccin ni plus ni moins. Quand vous parlez de pharmacovigilance française défaillante sur quoi basez-vous vos affirmations ? Si c’est sur un article d’un site auquel je pense, il conviendrait de nuancer vos propos. De plus, vous semblez oublier, si vous ne voulez décidément pas faire confiance aux autorités sanitaires françaises, que ces vaccins sont disponibles sur l’ensemble de la planète avec dans chaque pays développé une pharmacovigilance propre. Alors, tous pourris ??? Soyons sérieux ! Et au fait, les antibiotiques ne sont pas automatiques et les antiviraux non plus (vous confondez peut-être Tamiflu et Vaccin). Bref, ne vous faites pas vacciner si vous le désirez, c’est votre choix et il est respectable. Mais, n’essayez pas d’influencer les autres par des déclarations sans justifications. Les faits, seulement les faits. Le reste n’est que fantasmes.

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  4. Merci pour ces précisions. Pour l’article du Lancet, je l’ai déjà cité dans mon billet sur les effets secondaires des vaccins. Quant aux données disponibles concernant la pharmacovigilance française ou européenne, force est de constater qu’il y a quand même beaucoup de données qui remontent. C’et plutôt l’interprétation de ces données qui pose problème, car elle demande de la rigueur et du recul. Je suis désolé, mais ne vois pas les incohérences que vous retrouvez dans les éléments cités. Le principe de fonctionnement de la pharmacovigilance est simple, toute déclaration est prise en compte puis, par la suite, on réfléchit et tente de rapprocher les faits signalés à la prise de telle médication. Un homme est décédé en France le lendemain de sa vaccination. Les données font apparaître qu’il est décédé d’une hémorragie cérébrale alors qu’il était porteur d’une maladie artérielle traitée par anticoagulants. Alors, implication du vaccin ou pas ? A priori, on dirait plutôt non, mais les données remontent.
    Concernant la communication du gouvernement, l’organisation de la campagne de vaccination….. je suis totalement d’accord et l’ai déjà d’ailleurs affirmé dans d’autres billets. Les réquisitions pleuvent alors que des patients à risques n’ont toujours pas leur bon de vaccination, les médecins généralistes sont totalement ignorés par les autorités sanitaires…… Effectivement, on risque d’avoir un rejet massif de la population le jour où l’on aura vraiment une situation d’urgence sanitaire.
    Mais, je suis désolé de le redire, je peux être (très ?) critique sur ces aspects sans pour autant tomber dans le travers de rejeter cette vaccination qui continue de garder TOUT SON SENS actuellement.
    En espérant que l’on apprendra des erreurs de cette pandémie.

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